Balance ton porc!

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Une main aux fesses! Il m'avait mis une main aux fesses! Sur le coup, cela m'avait paru normal. C'est vrai! C'était un collaborateur anglophone. Il paraît que les anglophones et les francophones ont des cultures et approches différentes sur tout. J'ai essayé de me convaincre que ça devait être sûrement ça et que c'était normal chez eux. J'avais réussi à garder une attitude normale et terminer ce que j'avais à faire comme si de rien n'était. Rentrée chez moi, je m'étais jetée sous la douche et sans m'en rendre j'y avais passé d'interminables minutes, sans me sentir propre. Rajouter du savon encore et encore, n'y changeait rien. Et tout à coup, j'ai pensé à une phrase que j'entendais souvent dans les enquêtes criminelles que j'adorais regarder: les victimes de viols se sentaient souvent très sales après et n'arrêtaient pas de se doucher. Je crois que c'est ça: je me sentais sale, flouée et je ne pouvais me résoudre à me sentir plus longtemps comme ça. Ce n'était sûrement pas un viol mais ça n'en était pas moins dégradant. Bon gré mal gré, j'alignais des pas pour sortir de la douche et m'habiller. C'était évident, on ne pourrait plus collaborer ensemble.
Assise derrière mon clavier, je m'évertuais à écrire un texte que j'effaçais ensuite et encore et encore. Puis je décidai de me jeter à l'eau de cracher tout ce que je ressentais, suivi bien sûr d'une note de fin de notre collaboration. Mon interlocuteur me répondit plus tard d'un banal "désolé".

Cet incident, je n'en ai jamais parlé. Je l'avais même occulté de ma mémoire, jusqu'à récemment où une certaine affaire incluant le pas moins célèbre Weinstein s'était emparé des médias. J'avoue l'avoir suivi de loin sans m'émouvoir plus que ça de ce que cela impliquait.
Au hasard d'une conversation avec un ami sur le sujet, j'ai commencé à me poser diverses questions. Et plus, on en parlait, plus je mesurais la difficulté qu'avaient les femmes d'être femmes et d'oser parler de harcèlement. Il fallait déjà réussir à mettre un mot sur ça et il fallait en plus avoir le courage d'en parler. Le plus dure, c'est le regard des autres après. L'on craint sûrement d'être vue comme une victime, une personne vulnérable et en plus on se sent un peu responsable. Avant de prendre conscience que ce n'était pas normal, je me suis sentie coupable. Comment une toute jeune fille pouvait accepter de se rendre seule à un rendez-vous professionnel dans un endroit public avec quelqu'un qu'elle ne connaissait pas? Il lui avait à peine fallu une fraction de secondes pour sa tape et personne autour ne s'en était aperçu! Vite fait et bien fait!
Même s'il est difficile de s'accepter comme victime, il ne faudrait pas qu'il vous échappe que qui dit victime dit coupable.

En parler c'est se libérer d'un poids et aider d'autres personnes victimes de situations similaires, d'oser lever la voix pour dénoncer ces pratiques.
En parler, c'est se donner le droit de vivre libre et de montrer à nos sœurs, amies et filles, qu'une femme ne devrait pas se sentir faible et vulnérable de par sa condition.

Cependant, sans nier le droit des victimes de s'exprimer, et même de porter plainte, il faut savoir raison garder et ne pas se laisser submerger par les passions. Ne nions pas le bénéfice de la présomption d'innocence. Faisons aussi attention à ne pas virer à la paranoïa et à bien comprendre la notion de harcèlement. En parler, pourra justement permettre de mieux la définir.

Enfin, bien qu' on en parle moins, les hommes aussi peuvent être victime de harcèlement et en avoir honte. N'ayez pas de gêne à lever le voile sur cela.

Les hommes naissent libres et égaux en principe. Certains devront en faire plus que d'autres pour bénéficier de cette égalité, et ne devrait pas avoir en plus de toutes ces batailles à se battre contre les pulsions sexuelles d'autres.

Libérer la parole, c'est permettre à toutes les victimes d'oser en parler!

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